
| La porte de garage en fer rouillé faisait un vacarme de tous les diables, et en plus elle était coincée. Ridley se faufila par dessous, aidant ensuite Eva à pénétrer dans le garage en rampant. L'homme qui les accompagnait, grand, noir, chauve, les deux yeux remplacés par des capteurs cybernétiques qui émettaient des lueurs rouges, entra à son tour et rebaissa violemment le rideau de fer en l'injuriant copieusement.
L'endroit n'avait rien d'un atelier d'implants cybernétiques. Une vieille voiture volante complètement cassée traînait au milieu, entourée d'outils et de manuels papiers en tous genres. Les meubles étaient principalement dédiés à la mécanique brute et au gros outillage. Bref, c'était un garage. Thomas, car tel était le nom de leur nouvel ami, ouvrit un boitier et entra un code. Une porte dérobée s'ouvrit alors de l'autre côté de la pièce. Ils pénétrèrent dans un couloir aux murs en acier poli, Ridley et Eva percevaient peu à peu des vibrations rythmées. Arrivés au bout du couloir, Thomas entra à nouveau un code devant une porte, celle-ci s'ouvrit. Les vibrations se changèrent en musique électronique très forte.
Aucun doute, elles étaient bel et bien dans un atelier, et pas n'importe lequel. "Le royaume de Tom" proposait le nec plus ultra de toutes sortes d'améliorations cybernétiques, allant des implants aux membres bioniques parfois absolument illégaux. L'endroit était grand, le sol, les murs et le plafond étaient en verre, avec des éclairages blancs derrière dessinant des motifs très variés. Il y avait un étage en mezzanine qui semblait réservé aux employés. En bas il y avait plusieurs sièges d'opération et même des lits. Divers modèles de prothèses étaient exposés contre les murs, sur des mannequins et même quelques uns pendaient du plafond. Au centre de la pièce se tenait un mannequin entièrement composé de prothèses, il avait presque l'air d'un robot. Une dizaine de personnes étaient dans l'atelier, quelques curieux, un homme sur le billard attendant sa jambe, et ceux à l'étage qui travaillaient sur l'élaboration de prothèses.
- Je vais te chercher une batterie, pépette, dit Thomas en s'adressant à Eva, en attendant fouillez le catalogue.
Thomas s'en alla vers l'étage. Ridley et Eva se focalisèrent sur un écran contre le mur qui montrait des dizaines de modèles de bras différents. Ridley commença à regarder mais Eva la bouscula pour chercher à sa place.
- Haha ils l'ont ! Regarde ça, à l'intérieur de la main il y a une mini scie circulaire, ta main s'ouvre en deux et elle en sort !
- Haha oui mais non. Laisse-moi choisir mon foutu bras.
- T'es chiaaaaaante !
Eva fit mine de faire la moue, Ridley esquissa un sourire et continua de parcourir le catalogue.
- Ils ont rien de... Normal ? Des canons par ci, des lames par là...
- En général les gens qui viennent là c'est pas pour avoir des prothèses normales. Les gens normaux ils vont à l'hôpital... Sauf que ça prendrait des semaines en passant par les voies officielles.
- Ils pourraient au moins avoir un modèle ordinaire pour les gens juste pressés qui cherchent pas à massacrer tout un quartier à mains nues.
Ridley s'arrêta un instant, focalisée sur un modèle. Le T-77 Tesla. Une prothèse à l'apparence plutôt ordinaire principalement bleue foncé avec des motifs de tonnerre. Nécessite une batterie supplémentaire pour...
- Celui-ci fait taser, dit Thomas en surgissant de nulle part, faisant sursauter Ridley. Vous pouvez choisir le voltage avec une molette au niveau de l'épaule. Ça va du petit choc marrant jusqu'à ce que j'appelle le mode barbecue, 2 000 volts. Ce modèle nécessite deux batteries séparées.
Voyant que Ridley commençait à ouvrir la bouche, Eva lui mit la main devant et dit à Thomas "Elle le prend !"
Eva inséra la nouvelle batterie dans sa jambe, qui finit par s'activer. Elle fit quelques bonds pour l'essayer. Thomas installa Ridley sur un fauteuil d'opération. La première chose à faire avant d'installer une prothèse était de mettre en place un dispositif connecté au système nerveux. Une opération particulièrement douloureuse. Malgré la boule de tissu dans sa bouche ses hurlements résonnaient dans tout l'atelier. Trois chirurgiens s'occupaient d'elle, Eva lui tint la main pendant toute l'opération qui dura presque trois heures, elle devait faire en sorte qu'elle ne s'évanouisse pas, il fallait que Ridley reste consciente tout le long de l'opération.
Une fois l'intervention finie, ils installèrent Ridley sur un lit pour qu'elle puisse se reposer.
- Ça c'est la partie de mon boulot que je déteste, confia Thomas à Eva, un si joli p'tit bout de femme qui hurle à pleins poumons parce qu'on la torture pendant des heures...
- Eh bien, tu deviens sentimental mon grand.
- Ta gueule. Je te facture le bras et la batterie, l'opération c'est cadeau.
- Tu sais dans combien de temps elle va se réveiller ?
- Ça dépend. Je peux pas trop me prononcer. En attendant on... Tu peux me rejoindre dans l'arrière boutique si tu veux. J'ai un autre cadeau pour toi... Si tu vois ce que je veux dire...
Quelques heures plus tard, Ridley se réveilla. Thomas lui apporta son bras. Elle l'examina, il était très léger, et pourtant il semblait aussi incroyablement robuste, il était recouvert d'une matière un peu élastique, et on voyait des contacts électriques au bout des doigts. Il semblait parfaitement correspondre à sa morphologie. Elle se rassit sur la chaise d'opération, et constata avec surprise que Thomas lui mettait à nouveau les sangles d'immobilisation.
- Pourquoi vous m'attachez encore ?
- Disons que c'est un poil douloureux.
- Genre ?
- Tout se passera bien.
Eva s'agenouilla près de Ridley et lui prit la main. Thomas saisit le bras et l'inséra dans le dispositif de connexion nerveuse. Il fit mine de compter jusqu'à trois, mais à deux, il tira une manette, Ridley hurla à pleins poumons et s'évanouit.
- La connexion au système nerveux, la pire douleur qu'on puisse imaginer... Tu sais comment gérer, les exercices de rééducation, tout ça tu connais par cœur.
- Tu peux nous ramener à l'hôtel ? Je pense que dormir dans un vrai lit ne lui ferait pas de mal. En plus on nous attend là-bas, et on a un peu tardé.
Eva saisit Ridley et la porta jusqu'à la voiture hors du garage, Thomas les reconduisit à l'Union Hotel où devaient les attendre leurs camarades de circonstances. Une fois arrivés, Eva sortit de la voiture, portant Ridley, toujours inconsciente.
- Merci encore.
- Pas de souci pépète, et si tu veux revenir faire un tour dans l'arrière boutique, c'est quand tu veux, pas besoin de rendez-vous héhéhé...
Eva porta Ridley jusque dans leur chambre et l'allongea sur le lit...
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